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parlamentarium - exposition 16.10.2020 - 28.02.2021
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Exposition 16.10.2020 - 28.02.2021
Parlamentarium - Centre des visiteurs du Parlement européen Place du Luxembourg, 100 - 1050 Ixelles

Portraits de femmes accompagnées par le Samusocial

À travers le regard du photographe Gaël Turine et les textes d’Anne-Cécile Huwart, vous êtes invité·e à découvrir la femme qui se révèle derrière chaque situation de sans-abri.

 

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Exposition 16.10.2020 - 28.02.2021
Parlamentarium - Centre des visiteurs du Parlement européen
Place du Luxembourg, 100 - 1050 Ixelles
Portraits de femmes accompagnées par le Samusocial

À travers le regard du photographe Gaël Turine et les textes d’Anne-Cécile Huwart, vous êtes invité·e à découvrir la femme qui se révèle derrière chaque situation de sans-abri.

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Vous allez découvrir les portraits de quatre femmes qui ont accepté de voir leur image et leur histoire partagées avec le grand public. 

Ces quatre témoignages ne constituent qu'un extrait d'une série de quinze portraits qui sont présentés dans leur intégralité dans une exposition visible au Parlamentarium, le centre des visiteurs du Parlement européen, du 16 octobre au 28 février 2021.

Chaque portrait présenté ici s'accompagne d'une séquence audio, une restitution orale par la comédienne Manon Joannoteguy, de chacun des témoignages livrés par les femmes que nos équipes ont accompagnées.

Elles sont des femmes « sans abri chroniques », « sdf », « victimes de violences », « victimes de la traite des êtres humains », « malades », « migrantes », « exilées », « toxicomanes », « alcooliques », …

Mais elles sont femmes avant tout.

Des femmes avec, derrière elles, une vie et un parcours souvent traumatiques. Mais aussi et surtout avec un avenir, un horizon sur lequel il est encore possible d’agir de façon positive.

Pour pouvoir être (re)considérées comme femmes, les dispositifs d’hébergement doivent prévoir un accueil qui permette à leurs résidentes de se retrouver elles-mêmes, en tant que femmes. Avec la crise de la Covid-19, le Samusocial a eu l’opportunité d’ouvrir le centre idéal pour femmes sans solution d’hébergement, dans le bâtiment Helmut Kohl, au square de Meeûs à Ixelles, mis à disposition par le Parlement européen à Bruxelles.

Durant quatre mois, entre mai et août 2020, les fonctionnaires européens en télétravail ont laissé leurs bureaux à 279 femmes. Elles ont pu y être hébergées dans des chambres à taille humaine, nuit et jour, sans être obligées de quitter chaque matin le centre, sans voir chaque jour leur vie réduite à un baluchon qui leur rappelle, comme une fatalité, leur condition de sans abri. Parmi elles, 64 femmes ont déjà pu être orientées vers des solutions de sortie de rue.

Jennifer

CHAMBRE 203

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Jennifer

CHAMBRE 203

Mon père adoptif m’a violée et je suis tombée enceinte. J’avais 15 ans lorsque ma fille est née. J’ai tenté d’avorter en me jetant dans l’escalier. Mais ça n’a pas suffi. J’ai arrêté l’école, j’ai quitté la maison. Dans les rues de Liège, la ville où j’ai grandi, j’ai connu de mauvaises fréquentations. J’ai commencé à boire et à me droguer. J’ai rencontré un homme avec qui j’ai eu trois enfants. J’ai connu d’autres hommes, certains étaient violents. L’un d’eux a voulu frapper ma fille... J’ai beaucoup vécu dans la rue. A Bruxelles, je dormais dans une tente près de la gare du Midi. Un jour, quelqu’un y a mis le feu. Aujourd’hui, mes enfants ont 24, 19, 17 et 15 ans. Malgré toutes ces horreurs, je travaille à ma reconstruction, je continue à avancer. Je devrais intégrer un centre d’accueil. Je ne me sens pas prête à vivre seule ou même en colocation. Je vais avoir 40 ans, j’espère pouvoir remonter la pente.

Asmae

CHAMBRE 244

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Asmae

CHAMBRE 244

« Je suis arrivée en Belgique à l’âge de 19 ans. J’ai suivi un Belgo-marocain rencontré à Tanger, au Maroc. Je n’ai pas supporté cet exil, le manque de soleil, la nourriture si différente. J’ai subi une longue dépression. Puis je suis tombée enceinte, deux fois. J’avais des problèmes avec mon compagnon. Je suis tombée enceinte une troisième fois.

Lors d’une consultation à l’ONE, le médecin a vu mes bleus. J’ai été orientée vers un centre avec mes deux garçons. La petite est née, j’ai réintégré un autre centre avec mes trois enfants. Puis j’ai trouvé un appartement dans le quartier Lemonnier à Bruxelles. Mais il était insalubre, il y avait des souris et des cafards. Le CPAS m’a envoyée vers un logement de transit, près du Botanique. Mais impossible d’y rester avec trois enfants. Ils sont partis vivre chez leur père.

Je suis à nouveau tombée enceinte, par accident. J’ai été hospitalisée et j’ai arrêté toute consommation, jusqu’à quelques semaines avant l’accouchement. Ma petite fille a été placée en pouponnière.

On ne guérit pas de son enfance… La mienne a été très pénible. Ma mère me frappait beaucoup. J’étais la plus jeune, dernière d’une fratrie de sept enfants. Mon père travaillait au port de Tanger. J’ai un souvenir de ma mère qui me mettait un couteau sous la gorge pour que j’arrête de tousser. Je dois vivre avec cela.

Je voudrais vraiment m’en sortir. Pour mes enfants d’abord. Mais je ne me sens pas encore prête à les accueillir dans un appartement. Je dois d’abord me soigner, régler mes problèmes. C’est la première étape. »

Laetitia

CHAMBRE 203

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Laetitia

CHAMBRE 203

« Vous savez, j’ai été mannequin... Je sais prendre la pose. J’avais 18 ans, j’étais grande, mince et jolie. Mais pas du tout heureuse. Mon beau-père était proxénète et ma mère prostituée. J’ai été confrontée bien trop jeune à l’horreur de ce milieu.

Pour supporter tout cela, il y avait l’alcool et la drogue. L’héroïne et la cocaïne. Ça, j’ai arrêté. Je suis sous méthadone. Mais l’alcool, c’est plus compliqué.

J’ai connu un homme hyper violent. Il m’a brisé la rate, cassé le nez, arraché la moitié de mes cheveux. Et j’en passe. Il m’a harcelée. Il voulait sans cesse me prendre mon argent. J’avais peur.

Cela fait dix ans que je suis dans la rue. J’y ai retrouvé ma sœur après des années de séparation. C’est un vrai soulagement d’être avec elle. Je me suis aussi fait des amis. On se parle, on s’entraide, on se soutient. C’est déjà un réconfort. »

Conchita

CHAMBRE 245

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Conchita

CHAMBRE 245

« A 18 ans, je suis tombée amoureuse d’un Italien et je me suis retrouvée enceinte. Nous nous sommes aussitôt mariés et installés ensemble. Nous avons commencé à travailler, lui comme chauffeur de car et moi comme coiffeuse. Treize ans plus tard, parents de deux garçons, nous avons divorcé. Quelques temps après, j’ai rencontré un autre homme. Il était très violent. Un jour, il a brisé une vitre et m’a lancé : « Soit tu recules et tu marches dans les morceaux de verre, soit tu avances et tu te prends un coup de boule ! ». J’ai choisi les morceaux de verre. Il a aussi roulé sur moi en voiture. J’ai eu trois enfants avec lui, dont des jumeaux. Alors que j’attendais ceux-ci, il m’a donné des coups de pied dans le ventre. La poche s’est fissurée. J’ai connu une fin de grossesse très difficile. Quand les petits sont nés, leur père avait disparu. Bon débarras.

Mes cinq enfants ont entre 19 et 30 ans. Ils vont bien, sauf le troisième qui souffre de psychose. Début 2020, il était chez moi lorsqu’il a fait une crise. Il a été emmené à l’hôpital et puis c’est moi qui ai commencé à délirer. Je pensais qu’il m’avait abandonnée. J’ai arrêté de payer mon loyer et j’ai été expulsée. Je me suis retrouvée à la rue pour la première fois de ma vie. J’errais à la gare du Midi et à place Anneessens. C’était très dur : le froid, les hommes qui te disent : « Viens chez moi prendre une douche », et puis qui tentent de te violer, ...

Rien dans ma vie ne me prédestinait à cela. Je suis née à Saint-Gilles dans une famille d’origine espagnole. Ma mère était technicienne de surface, mon père tenait des tavernes. J’ai eu une enfance heureuse, j’ai suivi une scolarité normale. Et pourtant me voilà à la rue, à 54 ans.

J’ai vécu la crise du coronavirus dans les parcs et les gares. Mais je n’y croyais pas à cette maladie : dans mon délire, je pensais que tout le monde s’était ligué pour me faire une blague ! J’étais totalement parano. Un moment, la lucidité a quand même pris le dessus. Je me suis dit : « Quand même, autant de gens qui se foutent de moi, c’est un peu gros ». Heureusement, j’ai croisé le Samu. Sinon j’aurais mis fin à mes jours. Je suis arrivée au square de Meeûs et là, j’ai recommencé à vivre. On m’a accueillie avec du respect, de la gentillesse. J’ai vu une psychologue, reçu des médicaments et mes psychoses sont parties, en même temps que ma tristesse et ma solitude. On m’a aussi aidée à trouver un appartement. Je ne repartirai donc pas dans la rue. »

Au plus fort de la crise posée par la pandémie, nous nous sommes posés la question suivante : Comment une institution publique peut-elle soutenir ceux qui souffrent ? Comment la rendre utile aux citoyens, en particulier les plus vulnérables ? Non pas comme un acte de charité, mais parce que nous pensons qu’il est du devoir d’une institution publique d’être au plus proche des plus faibles, des exclus, de la douleur de l’humanité. C’est pour cette raison, parmi d’autres, que nous avons décidé d’ouvrir l’un de nos bâtiments, le Helmut Kohl, aux femmes sans abri. Et je tiens à remercier le Samusocial pour le travail qu’ils accomplissent depuis des années et pour la passion qu’ils ont déployée afin de faire de ce projet une réalité.

Est-ce suffisant ? Est-ce trop ? C’est simplement ce qu’une institution publique doit faire : dialoguer avec la société civile, être là pour soutenir ceux qui souffrent, ceux qui sont oubliés, ceux qui sont exclus des mécanismes infernaux d’un monde qui doit absolument être changé. Parce que cette institution, le Parlement européen, est aussi leur maison. C’est l’Europe que beaucoup d’entre nous veulent : l’Europe de la solidarité. Cette série de portraits, c’est la belle histoire d’une Europe qui change.

David Sassoli, Président du Parlement européen

On oublie parfois que derrière les statistiques, il y a des individus avec un parcours sinueux et une vie cabossée. Les portraits de ces femmes nous confrontent à notre fragilité face aux accidents de la vie. Mais surtout, ces histoires nous rappellent qu’être femme, c’est encore aujourd’hui subir dominations et violences. Ces femmes et leurs compagnes de galère doivent aujourd’hui se reconstruire. Pour cela, la priorité est de leur fournir un toit où abriter leur combat. Je me réjouis donc de m’associer à cette série de portraits qui garde la trace de l’expérience d’une collaboration constructive et donne la parole aux premières concernées. Je remercie vivement le Parlement européen d’avoir ouvert son bâtiment dans un contexte de crise sanitaire qui touche de plein fouet les personnes sans abri. Je remercie également le New Samusocial pour son professionnalisme, qui a permis à de nombreuses femmes d’être accueillies dignement et accompagnées adéquatement.

Alain Maron, Ministre bruxellois de l'Action Sociale et Santé

 

La Covid19 a exacerbé les vulnérabilités de certains publics, notamment les femmes sans abri qui figurent parmi les groupes de population les plus impactés.
L’exposition « Femmes » est une belle opportunité de modifier le regard que nous posons sur elles, d’oublier un temps leur situation de sans-abri, de découvrir ou redécouvrir les femmes qu’elles sont avant tout. Cette exposition est aussi le fruit de nouveaux mécanismes de solidarité activés durant cette crise : toutes les femmes que vous « rencontrerez » ici ont été hébergées dans le bâtiment Helmut Kohl mis à disposition par le Parlement européen. En leur offrant un hébergement sécurisé, exclusivement féminin, jour et nuit, il est rapidement apparu que nombre d’entre-elles reprenaient vie ! Cette dignité retrouvée se trouve magnifiquement mise en valeur dans les portraits de Gaël Turine, et le partage de leur histoire sous la plume d’Anne-Cécile Huwart fait sans aucun doute partie intégrante d’un long processus de reconstruction et de réintégration.  

Stéphane Heymans, Président du Samusocial de Bruxelles

Nous remercions les équipes du Samusocial et l’ensemble des acteurs de terrain pour leur engagement, chaque jour, auprès des personnes vulnérables.

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